NOTE D'INTENTION


A l’origine / Représenter la peur













Depuis de nombreuses années je nourris une grande admiration et une fascination pour le film « Psycho » d’Alfred Hitchcock. Le Maître du suspense réussit avec très peu de moyens, une économie d’effets, de prises de vues et d’actes violents à maintenir le spectateur dans la peur. Le suspense créé par l’écriture du scénario allié à la mise en scène très précise et au montage très serré, ainsi que la musique de Bernard Hermann, tout concourt à créer d’un bout à l’autre du film un sentiment de frayeur. La peur est d’autant plus manifeste, que l’identité du criminel est maintenue cachée jusqu’à la fin.
A partir de cet art de terrifier le public, je m’interroge aujourd’hui sur le fait d’aimer avoir peur au cinéma ou dans les séries télévisées : les films d’horreur, les policiers à suspens trouvent aujourd’hui un public nombreux et fidèle. Le Serial killer fascine.

Or aujourd’hui, les Français baignent dans un climat de peur … Paradoxe d’une société qui ne s’est jamais autant souciée du bien-être et qui montre plus d’anxiété que dans les années 30-40 alors que l’Europe basculait dans le cauchemar du nazisme.
Mais de quoi avons-nous peur aujourd’hui?
De mourir ? De la maladie ? Des attentats ? Du climat social ? De la guerre ? D’être tué par un fou ? De ne pas réussir ? D’être exclus ? D’être seul ? De ne plus avoir de travail ?
Savons-nous au moins de quoi nous avons réellement peur ?















Ne sommes-nous pas derrière un rideau de douche comme Marion Crane dans « Psycho » sans connaître le danger qui nous menace ? Le malade atteint de psychose dans le film d’Hitchcock ne nous a-t-il pas contaminé aujourd’hui au point que c’est nous derrière le rideau qui sommes atteints de « psychose », de cette peur sourde, sans forme, sans visage, diffuse qui pourrit notre rapport à la vie et nous empêche même de fuir ou de faire face ?

Représenter la peur au théâtre ? Une comédie monstrueuse…
Aujourd’hui, il me semble donc pertinent de traiter la peur sur une scène, de tenter de raconter la peur, de la jouer avec les spectateurs, voir d’où elle provient, comment elle agit, et de la provoquer éventuellement chez le spectateur quelque part entre l’horreur et le rire. Car le personnage – Norma / Norman –  adulte, mère et enfant tout à la fois, se donne en pâture aux spectateurs et vient jouer ses comédies les plus monstrueuses et les plus délirantes à la manière de Sade dans Marat-Sade de Peter Weiss.


Ayant travaillé plusieurs fois avec Jean-Luc Terrade autour notamment de la comédie grinçante de Feydeau "On Purge Bébé", puis au cours de travaux sur le travestissement au théâtre, je lui ai demandé de me diriger et mettre en scène "Psychoses derrière un rideau de douche".

Jean-François Toulouse 





  




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