TEXTE (extraits)




Norma

Non baissez la lumière je vous en prie !
Baissez la lumière, je ne supporte plus la lumière !
J’ai une maladie des yeux, si vous pouviez voir mes yeux combien ils sont abimés…
Tous ces flashes de photographes, toutes ces lumières lors des interrogatoires insupportables pour essayer de m’arracher je ne sais quoi sur ce boucher des douches, toute cette lumière qui m’a anéantie… c’est épouvantable…

Et toutes ces personnes… toutes ces personnes qui sont là pour moi… pour venir voir la mère du monstre, n’est-ce pas, pour venir assister au spectacle d’une vieille femme qui a engendré un être aussi vil…

Je m’appelle Norma Klinge1.
Je suis la mère d’un monstre sanguinaire, un être dépourvu de moralité.
Mon enfant… que j’ai connu si doux, si pur, mon enfant que j’ai tenu dans mes bras tendrement avec amour… aujourd’hui il est telle une bête féroce enfermée dans le quartier de sécurité renforcée…

Pouvez-vous imaginer ce que c’est que d’être la mère d’un monstre ?
On dit qu’il n’y a rien de plus affreux que de perdre son enfant, mais que sait-on de cette souffrance d’avoir engendré un assassin ? Le boucher des douches ! Je suis la mère de cet homme.
Celui qui ne figure plus sur le registre des humains mais sur l’annuaire des monstres.

Norma…
Ma mère m’a donné le prénom de Norma,
Sans doute en référence au célèbre opéra de Bellini…
Casta Diva Casta Diva che inargenti queste sacre antiche piante2… (il chante)
Ma chaste déesse, se plaisait-elle à m’appeler enfant…
Que reste-t-il de cette chaste déesse  sinon une vieille femme courbée sous la lune qui se retourne vers son passé et peut voir avec effroi l’ombre portée de la mort qu’elle a engendrée…
« Mais le monde moral parait être le produit des caprices d’un diable devenu fou3 » n’est-ce pas ?...

J’aimerais à travers mon témoignage qu’on ne le juge pas mais qu’on essaye un peu de le voir comme un être humain et qu’il avait une autre face que celle du monstre dans laquelle on voudrait l’enfermer tout entier.

N’approchez pas je vous en prie, n’approchez pas, laissez une distance entre vous et moi ainsi, je continuerai à vous parler derrière ces rideaux à travers cette mince pellicule de plastique qui semble me protéger du monde extérieur, qui semble me protéger de lui et de ses monstruosités…



  (1) Klinge = lame en allemand
  (2) Paroles du livret de Norma Opéra de Bellini.
           (3) Citation de Sébastien-Roch Nicolas de Chamfort, moraliste français sous la Révolution française.

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